Chapitre 04
Étapes clés de l’accompagnement d’une entrepreneuse ou d’un entrepreneur handicapé

Chapitre 4
Accompagner une entrepreneuse ou un entrepreneur handicapé exige bien plus que l’application d’outils ou de méthodes : cela demande une compréhension fine de sa réalité, une posture ouverte et la capacité d’ajuster continuellement la démarche aux besoins exprimés.
Loin d’être une suite d’interventions standardisées, l’accompagnement inclusif repose sur une relation de collaboration, où l’écoute, la flexibilité et la reconnaissance du vécu entrepreneurial et du vécu lié au handicap occupent une place centrale.
Ce chapitre présente les différentes étapes d’un accompagnement accessible et adapté (de l’inscription à l’évaluation finale), tout en intégrant les principes fondamentaux d’inclusion, d’accessibilité, de coconstruction et de respect du rythme propre à chaque personne.
Avant d’explorer les étapes concrètes de l’accompagnement (accueil, entretien exploratoire, définition des besoins, planification, mobilisation des ressources), il est essentiel de poser un cadre de compréhension commun.
Cela commence par reconnaître la diversité des incapacités, les variations fonctionnelles qui peuvent influencer un parcours entrepreneurial et les implications que cela peut avoir sur le type de communication, de collaboration et de soutien.
Le processus d’accompagnement débute dès le moment où une entrepreneuse ou un entrepreneur manifeste son intérêt pour obtenir du soutien. L’étape d’inscription est donc à considérer comme la porte d’entrée du parcours et non simplement comme une formalité administrative.
4.1 Comprendre avant d’accompagner
Pour accompagner efficacement les personnes handicapées, il est essentiel de reconnaître la diversité des réalités que recouvre cette notion. Loin d’être homogène, le handicap englobe une variété de conditions (visibles ou invisibles, permanentes ou évolutives) qui influencent autant la participation sociale que les parcours entrepreneuriaux.
Afin d’offrir un cadre de compréhension cohérent et de soutenir une approche véritablement inclusive, nous mettons à disposition des fiches présentant les principales catégories d’incapacité définies dans l’ECI. Elles offrent une lecture structurée des réalités fonctionnelles les plus fréquentes, ainsi que de leurs implications possibles en contexte d’accompagnement entrepreneurial.
Consulter les fiches présentant les principales catégories d’incapacité.
4.2 Inscription, accueil et compréhension des besoins
L’accompagnement inclusif prend réellement forme dès les premiers échanges. L’inscription, l’accueil et l’entretien exploratoire constituent des étapes sensibles où se façonnent les premières impressions, la confiance et le sentiment de reconnaissance. Pour plusieurs entrepreneuses et entrepreneurs handicapés, ces étapes sont déterminantes : elles peuvent lever des freins ou en créer de nouveaux si elles ne sont pas adaptées.
4.2.1 L’inscription : une étape importante et parfois limitante
Le processus d’accompagnement débute dès que la personne entreprend une démarche d’inscription. Cette étape doit être pensée de manière inclusive, accessible et facilitante, particulièrement pour les personnes vivant avec un handicap.
Avant même l’accueil, le simple fait d’exprimer un besoin d’aide constitue souvent un premier pas exigeant pour l’entrepreneuse ou l’entrepreneur. Pour plusieurs, cette démarche initiale peut représenter une barrière en soi, particulièrement lorsque s’ajoutent :
des limitations cognitives, motrices ou sensorielles;
des difficultés d’accès numérique;
des expériences négatives antérieures avec des services d’accompagnement.
Dans le cas des entrepreneuses et entrepreneurs vivant avec un handicap, plusieurs ont indiqué n’avoir jamais, ou que très peu, fait appel à des programmes d’accompagnement entrepreneurial. Les raisons évoquées sont multiples :
la méconnaissance des programmes existants;
la perception qu’ils ne s’adressent pas à eux ou ne sont pas adaptés à leur réalité;
la crainte d’une démarche perçue comme complexe ou lourde administrativement.
Ces constats rappellent l’importance de penser l’inscription non pas comme une formalité administrative, mais comme une première expérience d’inclusion. Le simple fait de rendre cette étape accessible, accueillante et claire peut contribuer à lever plusieurs freins à la demande d’aide.
Un formulaire clair et simple peut déjà changer l’expérience. Il permet de :
favoriser une approche par étapes dans la saisie des informations;
recueillir uniquement les informations essentielles pour initier le processus d’accompagnement sans trop l’alourdir;
faire l’ébauche d’un premier portrait du projet, de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur ainsi que de ses besoins. (Le formulaire constitue un outil initial précieux pour l’accompagnatrice ou l’accompagnateur qui pourra ainsi adapter son approche lors de l’entretien exploratoire);
faciliter l’intégration dans le système de suivi et d’évaluation qui est utile pour la réalisation de bilans, le suivi des parcours et l’analyse du taux de conversion entre les premiers contacts et les accompagnements engagés.
Bonnes pratiques :
Proposer plusieurs modalités d’inscription : en ligne, par téléphone ou en personne, selon les préférences et les capacités de chacune et chacun;
Concevoir un formulaire concis, clair et accessible rédigé dans un langage simple, avec des champs courts et structurés;
Limiter les informations demandées au départ, approfondir ensuite. Les détails plus complexes pourront être abordés lors de l’entretien exploratoire;
Privilégier l’utilisation de cases à cocher pour faciliter la réponse, réduire la charge cognitive et favoriser une saisie rapide;
Permettre une assistance adaptée : le formulaire peut être rempli en autonomie ou avec un accompagnement par téléphone avec l’aide d’un membre de l’équipe, notamment en cas de limitation fonctionnelle ou de besoin d’appui personnalisé;
Éviter les redondances en ne posant pas des questions qui seront reprises plus en profondeur lors des échanges personnalisés, afin de préserver la fluidité du parcours.
+ Astuce pratique : le formulaire doit être vu comme une porte d’entrée et non pas comme un filtre.
Consulter un gabarit de Formulaire d’inscription.
4.2.2 L’accueil et l’entretien exploratoire : créer le lien
L’accueil : un moment clé pour instaurer la confiance
C’est le premier contact personnalisé entre l’entrepreneuse ou l’entrepreneur et l’organisation qui offre l’accompagnement. L’accompagnatrice ou l’accompagnateur doit adopter une posture fondée sur l’écoute active et bienveillante, le non-jugement et la reconnaissance des savoirs et expériences de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur. Bien que cette posture doive être maintenue tout au long du parcours, c’est dès ce moment qu’elle s’avère essentielle pour instaurer un climat de confiance durable.
Cette étape joue un rôle déterminant, car elle permet entre autres de comprendre le parcours de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, d’évaluer ses besoins spécifiques et de poser les fondations d’un accompagnement sur mesure, respectueux de sa réalité et de son identité.
Objectifs :
Tisser une relation égalitaire basée sur la confiance;
Définir les besoins, les aspirations et les obstacles potentiels;
Comprendre le contexte global de la personne au-delà de son projet d’affaires;
Repérer les mesures de soutien pertinentes dès le départ.
La relation de collaboration amorcée à l’accueil sera approfondie lors de la définition du plan d’accompagnement personnalisé (chapitre 4.2).
Se préparer à bien accueillir : s’outiller pour mieux comprendre
Accueillir une entrepreneuse ou un entrepreneur handicapé demande parfois d’adapter sa communication, son rythme ou la configuration de l’espace d’échange. Chaque personne vit une réalité différente, et les réactions, besoins ou façons de collaborer peuvent varier selon le type de handicap. Afin d’offrir un accueil à la fois inclusif, respectueux et sécurisant, il est utile de renforcer les compétences relationnelles et la compréhension des différentes réalités vécues par les personnes handicapées.
À cet égard, les capsules d’autoformation de l’OPHQ constituent un outil concret et accessible pour :
mieux comprendre les types d’incapacité et leurs impacts sur la communication ou l’accès aux services;
développer des réflexes inclusifs dès le premier contact;
tester ses connaissances et attitudes d’accueil à travers des mises en situation courtes et interactives.
L’entretien exploratoire : comprendre au-delà du projet
L’entretien exploratoire va plus loin que le formulaire. Il repose sur une série de questions ouvertes permettant d’ouvrir un dialogue sans forcer la divulgation ou imposer un cadre rigide. L’objectif n’est pas de dresser une liste des besoins, mais de comprendre davantage comment la personne se situe dans son projet et dans son environnement.
Objectifs :
Repérer les besoins spécifiques tout en établissant une relation de confiance;
Comprendre l’environnement global (santé, entourage, contexte social);
Lancer une relation de collaboration qui s’affinera au fil du temps.
À retenir : Ici, on ne coche pas des cases, on écoute une personne. À cette étape, toutes les possibilités sont ouvertes. Le repérage des besoins se poursuivra et s’affinera tout au long de la démarche, notamment lors de l’élaboration du plan d’accompagnement personnalisé (chapitre 4.2) à l’aide d’outils complémentaires.
Consulter le gabarit de la Grille de l’entretien exploratoire.
4.2.2.1 Grille d’identification des barrières potentielles : pour mieux soutenir le parcours
C’est un outil à remplir conjointement avec l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, de manière collaborative et non intrusive. Cette grille permet d’explorer, avec bienveillance, les éventuels obstacles pouvant nuire à la pleine participation de la personne dans son parcours d’accompagnement entrepreneurial, sans présumer de ses besoins ni de ses limitations.
Utilisée à la suite ou en complément de l’entretien exploratoire, cette grille sert à structurer les constats et à mieux anticiper les ajustements nécessaires. Elle peut aussi favoriser une discussion plus approfondie sur les conditions de succès du projet entrepreneurial.
Cette grille peut être utilisée pour organiser les constats post-entretien. Elle permet de repérer les barrières potentielles dans les domaines suivants :
Mobilité
Accès physique aux lieux de rencontre, de formation ou d’événements;
Moyens de transport disponibles, distance, fatigue liée aux déplacements;
Possibilité d’opter pour des formats à distance ou hybrides.
Communication
Langue parlée ou écrite, littératie, clarté des documents;
Besoin d’adaptation des contenus (audio, visuel, simplifié, interprétation en LSQ);
Préférences de communication (écrit, oral, visioconférence, accompagnement individualisé).
Numérique
Accessibilité et ergonomie des outils utilisés (plateformes, formulaires, logiciels);
Connaissance ou aisance à naviguer dans des environnements numériques;
Compatibilité des outils avec les aides technologiques personnelles.
Environnement social
Niveau de soutien personnel ou professionnel (réseau, entourage (amis et famille), autres types d’accompagnement);
Sentiment d’isolement, expériences de discrimination ou de préjugés;
Confiance perçue dans l’écosystème entrepreneurial.
Objectifs :
Repérer les barrières potentielles qui pourraient nuire à l’accès aux ressources, aux activités ou au soutien offert;
Adapter l’accompagnement de manière proactive, en tenant compte de la réalité de la l’entrepreneuse ou l’entrepreneur;
Éviter les approches standardisées et favoriser une relation égalitaire, en misant sur les forces et les préférences de la personne;
Encourager une co-analyse plutôt qu’un diagnostic : l’entrepreneuse ou l’entrepreneur est la meilleure personne pour nommer ce qui facilite ou complique son cheminement.
À retenir : Cet outil ne classe pas ou n’étiquette pas l’entrepreneuse ou l’entrepreneur handicapé. Il sert plutôt à recenser les freins éventuels afin de personnaliser le parcours. La grille doit être utilisée comme un support de dialogue et non comme un formulaire à remplir seule ou seul ou à finalité administrative.
Consulter le gabarit de la Grille de repérage des barrières potentielles.
Consentement et confidentialité : bien plus qu’une simple signature
Certaines informations personnelles seront recueillies afin de mieux comprendre le parcours et les besoins spécifiques de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur et d’adapter les services à sa réalité. Ces données permettent aussi de contribuer à l’amélioration des pratiques d’accompagnement.
Il s’agit d’un engagement éthique fondamental dans toute démarche d’accompagnement, particulièrement lorsque l’on travaille avec des personnes susceptibles d’avoir vécu des expériences de stigmatisation ou de marginalisation.
Instaurer une relation de confiance durable passe par une communication transparente sur ce que l’on fait avec les informations transmises. Cela suppose d’aller au-delà des obligations administratives pour créer un cadre sécurisant, dans lequel l’entrepreneuse ou l’entrepreneur se sent respecté, libre de choisir ce qu’elle ou il communique et assuré que ses données seront utilisées de manière responsable.
Le consentement est un processus qui se construit et s’ajuste dans le temps. Il peut être actualisé dès que la situation évolue, que de nouvelles informations sont communiquées ou que d’autres personnes s’impliquent dans le projet.
Le consentement est au cœur de toute démarche respectueuse. Il ne peut se réduire à un acte ponctuel ni à une signature formelle : c’est un processus continu, contextuel et révisable.
Des dynamiques de pouvoir implicites peuvent influencer les choix ou inhiber l’expression de doutes. C’est pourquoi il est essentiel d’offrir des espaces sécurisés où le consentement peut être exprimé librement par l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, y compris à travers le silence, l’hésitation, le questionnement. Ces signes doivent être accueillis avec écoute et attention.
Toute personne doit avoir la possibilité :
de poser ses questions sans crainte;
de revenir sur son consentement à tout moment;
d’être entendue, sans pression ni jugement.
Cet engagement implique une posture active d’ouverture, de vigilance et d’adaptabilité de la part de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur . De manière concrète, il faut :
expliquer clairement la nature des informations recueillies, leur usage, les personnes y ayant accès et la possibilité de les retirer à tout moment;
s’assurer qu’un formulaire de consentement éclairé est signé avant toute collecte de données sensibles;
respecter la confidentialité dans toutes les communications internes et externes liées à l’accompagnement;
énumérer les personnes directement impliquées dans l’accompagnement ou autorisées par l’organisme qui auront accès aux informations.
À retenir : Le consentement est un processus continu, pas un acte ponctuel.
Consulter le gabarit du Formulaire du consentement éclairé et de la confidentialité.
4.3 Plan d’accompagnement personnalisé : un cadre souple et vivant
Un plan d’accompagnement personnalisé doit être mis ensuite de l’avant pour soutenir l’entrepreneuse ou l’entrepreneur de manière adaptée, évolutive et inclusive. Ce plan doit assurer une cohérence entre ses besoins spécifiques, la nature de son handicap, le stade de son parcours entrepreneurial et ses préférences en matière d’accompagnement.
Plutôt que d’imposer un chemin unique, il est préférable de construire, avec la personne, un parcours sur mesure qui peut facilement évoluer au rythme des besoins et des étapes du projet. Cette approche repose donc sur trois principes clés :
Adapter les objectifs selon le contexte entrepreneurial et le handicap;
Coconstruire le parcours avec l’entrepreneuse ou l’entrepreneur;
Rester flexible (rythme, durée, modalités).
Adapter les objectifs d’accompagnement selon le contexte entrepreneurial et le handicap
Chaque entrepreneuse ou entrepreneur vit une réalité différente, tant sur le plan fonctionnel que dans son cheminement entrepreneurial. C’est pourquoi les objectifs d’accompagnement doivent être définis en prenant en compte :
le type de handicap (moteur, sensoriel, psychique, cognitif, invisible, etc.);
la présence éventuelle de comorbidités (coexistence de problèmes physiques, psychologiques ou cognitifs qui peuvent s’influencer mutuellement);
les répercussions concrètes sur la démarche entrepreneuriale;
les ressources et appuis déjà en place;
le stade du projet : idéation, démarrage, croissance, consolidation, réorientation.
Cette adaptation permet d’éviter les approches génériques et de mieux soutenir le développement des capacités entrepreneuriales dans un cadre réaliste.
Exemple :
Une entrepreneuse ou un entrepreneur vivant avec un trouble anxieux, en phase de démarrage, pourrait bénéficier d’un accompagnement axé sur la gestion du stress et la confiance en soi.
En revanche, une personne ayant un handicap moteur qui souhaite passer à l’étape de croissance pourrait avoir besoin d’un soutien technique pour adapter son espace de travail ou déléguer certaines tâches.
Une fois l’entretien exploratoire réalisé, le repérage des besoins peut être approfondi à l’aide d’outils complémentaires qui permettent de structurer l’analyse et d’anticiper les ajustements nécessaires lors d’une discussion ouverte. Ces outils facilitent la coconstruction du plan tout en gardant une marge de flexibilité. Ils prolongent le travail d’écoute entamé lors de l’accueil, et ce, sans le dupliquer.
Cette première étape de repérage prépare la coconstruction d’un plan d’accompagnement véritablement aligné sur les priorités de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur.
Consulter le gabarit de l’Outil complémentaire de définition des besoins.
Coconstruire le parcours d’accompagnement : une démarche collaborative
Plutôt que de proposer un accompagnement standardisé, la coconstruction permet à l’entrepreneuse ou l’entrepreneur de jouer un rôle actif dans la définition de son parcours. De son côté, l’accompagnatrice ou l’accompagnateur doit adopter ici une posture de collaboration où chaque décision est partagée.
Cette démarche s’appuie notamment sur :
l’entretien exploratoire : il permet de comprendre l’histoire, les besoins, les aspirations, les forces et les freins de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur;
une discussion éclairée sur les modalités possibles d’accompagnement (coaching, mentorat, ateliers collectifs, rencontres individuelles, appui psychosocial, etc.) (chapitre 4.6););
un plan d’action clair, souple et évolutif, construit en tenant compte des priorités de la personne.
En misant sur cette posture collaborative, on renforce non seulement l’efficacité de l’accompagnement, mais aussi l’autonomie et le pouvoir d’agir de la personne accompagnée. Elle devient co-auteure de son cheminement, ce qui confère davantage de sens à son parcours, nourrit sa motivation et renforce son sentiment de reconnaissance.
Exemples d’outils pour soutenir la coconstruction
Il existe des outils qui peuvent soutenir cette dynamique de coconstruction et favoriser un dialogue continu entre l’entrepreneuse ou l’entrepreneur et les personnes qui l’accompagnent. En voici des exemples :
Le journal de bord partagé :
Sert à noter réflexions, défis et réussites;
Est simple, modulable, peut être adapté en version papier ou numérique (Word, OneNote, Google Docs);
Est compatible avec la dictée vocale, les lecteurs d’écran, l’écriture simplifiée;
Est utile pour valoriser l’expression personnelle et garder une trace.
La carte de parcours visuelle :
Représente les grandes étapes du projet de manière graphique;
Peut être conçue sur Miro, Mural, Canva ou imprimée avec des Post-it et autocollants ou des codes de couleurs;
Favorise une discussion partagée, réduit la charge cognitive.
Le tableau de suivi collaboratif :
Est un outil clair et structuré pour suivre les objectifs (Excel, Google Sheets, Trello, Asana, Planner);
Peut s’adapter avec des couleurs, pictogrammes ou émojis pour simplifier la lecture;
Sert à répartir les tâches concrètes et à visualiser les échéances.
La carte des forces et besoins :
Présente deux colonnes simples : Ce que j’apporte et Ce dont j’ai besoin;
Met en lumière les ressources de la personne et ses besoins de soutien.
Les bilans réguliers :
Permettent de prendre un temps de recul pour réévaluer le plan;
Incluent une mini-grille d’autoévaluation avec des émojis ou codes couleurs;
Servent à mesurer l’énergie, la confiance et la satisfaction au fil du temps;
Doivent rester un outil de reconnaissance et d’ajustement, jamais un contrôle.
Favorise la prise de conscience des dynamiques sociales et des obstacles systémiques;
Permet à l’entrepreneuse ou l’entrepreneur de reconnaître ses forces et ses défis sans jugement;
Aide l’accompagnatrice ou l’accompagnateur à adapter son soutien en fonction de la réalité vécue, plutôt qu’en fonction d’un modèle standardisé;
Permet de dégager les forces, appuis ou obstacles qui peuvent influencer le parcours entrepreneurial.
Points de vigilance :
Pour que ces outils remplissent pleinement leur mission d’inclusivité, plusieurs éléments doivent être pris en compte dès leur conception et leur utilisation :
Accessibilité numérique
Assurer la compatibilité avec les lecteurs d’écran, les contrastes visuels, la navigation clavier;
Proposer des versions téléchargeables et imprimables (pas seulement en ligne);
Utiliser les polices suivantes :
Atkinson Hyperlegible,
Luciole,
OpenDyslexic;
Éviter l’italique et la majuscule prolongée;
Privilégier une taille de 12 à 14 points et un bon espacement entre les lettres et les lignes;
Favoriser un contraste élevé (par exemple, du texte noir sur un fond blanc ou jaune pâle).
Charge cognitive
Limiter la quantité d’informations par page (éviter les longs tableaux trop denses);
Proposer des versions allégées (par exemple, un tableau contenant seulement trois colonnes essentielles).
Diversité des handicaps
Prévoir des pictogrammes, des émojis et du texte en langage clair (handicap cognitif);
Utiliser des formats Word/Excel balisés et une version audio (déficience visuelle);
Utiliser des cases à cocher, une dictée vocale ou la saisie assistée (limitations motrices).
Souplesse d’usage
Ces outils doivent être vus comme des supports optionnels;
Si la personne préfère une autre méthode (audio, schéma papier, simple discussion), son choix doit primer.
À retenir : Les outils de coconstruction ne doivent jamais devenir des mécanismes de contrôle ou de performance. Leur rôle est de soutenir la réflexion, de renforcer la confiance et d’offrir un espace sûr où l’entrepreneuse ou l’entrepreneur peut exprimer ses besoins, ses défis et ses avancées à son rythme.
L’outil doit rester un levier d’ajustement, et non une évaluation. Si un outil crée de la pression ou de la surcharge, il doit être adapté ou remplacé.
Adopter une planification flexible
La flexibilité : une condition essentielle
Un accompagnement inclusif doit pouvoir s’adapter aux réalités de chaque personne. La flexibilité n’est pas un luxe, mais une condition pour que l’accompagnement reste accessible, humain et durable.
La flexibilité se décline à trois niveaux :
Le rythme : adapter la fréquence des échanges au tempo de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur permet d’éviter la surcharge ou la pression.
Certaines personnes apprécieront un suivi régulier et rapproché;
D’autres auront besoin d’espacer les échanges, d’avoir des blocs plus courts ou d’intégrer des pauses pour tenir compte de leur énergie ou de leur état de santé.
Exemple : Une entrepreneuse atteinte de sclérose en plaques peut préférer des rencontres espacées, afin de gérer sa fatigue, avec la possibilité d’ajuster en cas de rechute.
La durée : chaque parcours entrepreneurial a son tempo.
Certaines personnes ont besoin d’un accompagnement soutenu sur plusieurs mois;
D’autres préfèrent des interventions ponctuelles, liées à une étape précise (recherche de financement, embauche d’un collaborateur ou d’une collaboratrice), ou en fonction de leur niveau d’énergie.
Exemple : Un entrepreneur vivant avec un trouble anxieux peut bénéficier d’un accompagnement prolongé axé sur la confiance et la gestion du stress, tandis qu’une personne avec un handicap moteur en phase de croissance pourrait avoir besoin d’un soutien intensif, mais limité dans le temps, pour adapter son espace de travail.
Le format : proposer plusieurs modalités rend l’accompagnement plus accessible.
Présentiel : utile pour créer un lien et visiter les espaces;
À distance : visioconférence, téléphone, courriels, capsules vidéo;
Hybride : combinaison des deux, selon les besoins;
Synchrone ou asynchrone : échanges en direct ou décalés, selon la disponibilité et l’énergie de la personne.
Exemples :
Une personne ayant un handicap neurologique peut préférer des vidéos qu’elle consulte à son rythme et des échanges par messages écrits pour éviter la fatigue liée aux rencontres en direct.
Une personne avec des limitations physiques peut opter pour un suivi hybride : rencontres virtuelles régulières + visites ponctuelles sur place.
Une personne présentant une déficience intellectuelle légère ou un TDAH peut préférer les rencontres en visioconférence plutôt que les appels téléphoniques, car ces derniers exigent parfois un niveau de concentration soutenu et n’offrent pas de repères visuels.
Un processus qui évolue dans le temps
La clé réside dans la capacité de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur à proposer des ajustements personnalisés et à maintenir une posture d’écoute et d’adaptabilité. La flexibilité ne se limite pas aux premières rencontres. Elle doit être maintenue tout au long du parcours, grâce à des points d’ajustement réguliers :
Réévaluer les besoins;
Adapter le rythme, la durée ou le format;
Intégrer les imprévus liés à l’évolution du projet, de l’état de santé ou des priorités.
En résumé :
Un plan d’accompagnement personnalisé ne doit pas être une suite d’étapes figées, mais un cadre souple et coconstruit, qui respecte la réalité de chaque personne.
Il permet de :
définir des objectifs alignés sur le contexte et le cheminement de la personne;
construire un parcours ajusté où la personne est au cœur de la démarche;
mettre en œuvre une planification souple, tenant compte du rythme, des contraintes et des préférences.
Cette souplesse favorise non seulement l’efficacité de l’accompagnement, mais aussi l’autonomie, la dignité et la pérennité du projet entrepreneurial.
4.4 Mobiliser les ressources pour un accompagnement inclusif
Une approche intégrée et inclusive
L’accompagnement entrepreneurial s’inscrit dans une approche intégrée qui inclut la mobilisation de ressources externes afin de lever les freins, d’adapter l’environnement de travail et de favoriser le bien-être de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur.
Cette approche s’applique à toutes les formes d’entrepreneuriat, y compris l’entrepreneuriat des personnes handicapées, qui ne fait aucunement exception à la règle. Les dimensions d’inclusion, d’accessibilité et de reconnaissance doivent donc être intégrées dès les premières étapes de l’accompagnement afin de garantir un soutien équitable et adapté aux réalités de chaque entrepreneuse ou entrepreneur.
Dans cette perspective, le rôle de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur dépasse la simple expertise stratégique. Cette personne devient un catalyseur apte à repérer les besoins, à mobiliser les acteurs clés de l’écosystème et à orienter proactivement l’entrepreneuse ou l’entrepreneur vers les ressources les plus adaptées à ses besoins, et ce, au moment opportun.
Les ressources sont multiples :
Financières : programmes spécialisés (subventions pour technologies adaptées, financement inclusif);
Humaines : mentores et mentors sensibilisés, coachs inclusifs, paires entrepreneuses et pairs entrepreneurs handicapés, conseillères spécialisées et conseillers spécialisés, interprètes en LSQ, entrepreneuses et entrepreneurs non handicapés provenant du même secteur d’activités, etc.;
Techniques et matérielles : logiciels de lecture d’écran, outils ergonomiques, aménagements physiques, plateformes collaboratives accessibles;
Institutionnelles et communautaires : organismes d’accompagnement entrepreneurial, associations représentant ou soutenant les personnes handicapées;
Informationnelles : guides pratiques, formations, ressources gouvernementales et universitaires sur l’accessibilité et l’inclusion.
Pourquoi et comment mobiliser les ressources?
Mobiliser des ressources spécialisées permet d’offrir un accompagnement plus juste, plus efficace et plus adapté aux réalités. Selon le type de limitation, le stade du projet et les besoins cernés, différents services peuvent être activés.
L’accompagnatrice ou l’accompagnateur n’a pas à devenir experte ou expert de ces domaines, mais doit posséder une connaissance de base suffisante pour orienter adéquatement l’entrepreneuse ou l’entrepreneur vers les bonnes ressources.
Mobiliser les bonnes ressources permet :
de lever des obstacles spécifiques (mobilité, communication, accès aux technologies, gestion de la fatigue, infrastructure, etc.);
d’adapter l’environnement de travail afin de favoriser la productivité et l’autonomie;
de prévenir l’isolement et d’offrir un soutien adapté à la réalité vécue;
de renforcer le réseau de soutien;
d’optimiser les chances de succès du projet entrepreneurial grâce à des solutions sur mesure et à des acteurs diversifiés.
Démarche d’accompagnement : une mobilisation progressive et ajustée
La mobilisation ne consiste pas simplement à transmettre une information. Elle repose sur une écoute attentive, une bonne connaissance des ressources disponibles et un accompagnement humain dans les premières démarches.
Elle s’inscrit dans un processus évolutif, ajusté aux besoins et au rythme de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, bien au-delà d’une intervention ponctuelle.
Étapes clés :
Cerner les besoins spécifiques, car chaque entrepreneuse ou entrepreneur a un profil unique.
Poser des questions ouvertes pour comprendre ses objectifs, ses contraintes et ses préférences;
Évaluer les contraintes liées au temps, à la mobilité, aux outils numériques et aux finances.
Cartographier les actrices et acteurs clés de l’écosystème entrepreneurial et de l’écosystème du soutien des personnes handicapées
Repérer les organisations pertinentes dans l’écosystème régional et sectoriel;
Maintenir à jour une liste de contacts et de programmes utiles.
Faciliter les mises en relation
Orienter l’entrepreneuse ou l’entrepreneur vers les bonnes interlocutrices et les bons interlocuteurs, au bon moment dans son parcours;
Préparer le terrain en expliquant aux partenaires les besoins spécifiques pour éviter toute stigmatisation.
Suivre et ajuster la mobilisation
Vérifier que la ressource répond réellement aux besoins;
Réorienter rapidement si une solution s’avère inadéquate (par exemple si un outil est trop complexe ou un financement inadapté).
Exemples concrets d’un accompagnement ajusté selon le type de handicap :
Un entrepreneur ayant une limitation motrice souhaite lancer une entreprise de conception de sites Internet.
L’accompagnatrice prend le temps de comprendre les contraintes physiques de l’entrepreneur (mobilité réduite, fatigue musculaire, utilisation d’un poste de travail adapté);
Elle l’informe des programmes d’aide financière complémentaires (SPHERE, Evol, Innovation Canada) qui peuvent financer des équipements adaptés tels que clavier ergonomique, bureau ajustable, logiciel de reconnaissance vocale;
Elle privilégie des rencontres virtuelles pour éviter les déplacements et facilite la signature électronique de la documentation bancaire;
Elle adapte le plan de financement pour tenir compte d’un rythme de développement progressif du projet (par exemple, démarrage à temps partiel ou en télétravail).
L’accompagnatrice doit agir comme facilitatrice entre les besoins concrets de l’entrepreneur et les programmes d’appui disponibles. L’accessibilité passe aussi par la flexibilité dans les modalités de communication et de financement.
Une entrepreneuse avec une limitation auditive souhaite ouvrir une pâtisserie artisanale dans son quartier et veut à tout prix améliorer ses compétences en marketing numérique.
L’accompagnateur s’assure que les rencontres sont accessibles sur le plan de la communication : échanges par écrit, visioconférences avec sous-titrage ou interprète en LSQ ou ASL, outils de transcription en direct;
Il doit prévoir une personne interprète LSQ ou ASL pour les rencontres, en faisant une demande auprès d’un organisme (SIVET, SRIEQ, SIPSE, CCSMM, etc.). Il est recommandé de vérifier avec l’entrepreneuse ou l’entrepreneur si elle a une préférence quant à l’interprète;
Il prend le temps d’expliquer clairement les différents termes en lien avec l’entrepreneuriat ou les conditions de financement, en évitant le jargon technique;
Il fournit des documents visuels simplifiés pour appuyer la compréhension des produits ou services (prêts, subventions, programmes, formations, etc.);
Il oriente également la personne vers des formations en ligne accessibles (par exemple des cours sous-titrés et accompagnés de transcriptions), ou l’aide à trouver des subventions permettant l’achat d’outils de transcription adaptés;
Pour développer son réseau, il facilite la mise en relation avec des communautés entrepreneuriales;
Pour renforcer sa confiance, il la met en lien avec des programmes entrepreneuriaux inclusifs (comme Evol) et un organisme œuvrant auprès des personnes sourdes pouvant offrir du soutien autre qu’entrepreneurial.
L’accompagnateur ne se limite pas à évaluer un dossier : il rend la communication équitable, anticipe les obstacles et crée les conditions d’une relation de confiance durable.
Un entrepreneur présentant un TDAH souhaite développer son entreprise. Il doit déposer une demande de financement pour développer son atelier de design tout en préparant l’embauche de sa première ressource. Rapidement, il se sent dépassé par la quantité d’informations à organiser, les documents à fournir et les différentes décisions à prendre.
L’accompagnatrice remarque que l’entrepreneur a du mal à gérer plusieurs étapes à la fois (plan d’affaires, documents administratifs, plan de recrutement);
Elle structure la démarche en étapes successives et courtes : d’abord comprendre les critères du programme de financement, ensuite rassembler les pièces justificatives, et enfin rédiger les sections du dossier une à une. Ce n’est qu’une fois cette étape stabilisée qu’ils abordent ensemble les aspects liés au recrutement de la nouvelle ressource;
Elle l’oriente vers des services-conseils spécialisés en RH pour petites entreprises (Services Québec, SADC, Chambre de commerce régionale) afin d’obtenir du soutien pour le processus d’embauche, la description de poste et l’intégration de la future recrue;
Elle utilise un tableau de suivi visuel avec des microéchéances réalistes et envoie des rappels clairs pour les documents à fournir, tout en présentant les informations financières de manière simplifiée (par exemple : « Rédiger la section Budget lundi »; « Faire la relecture mercredi »). Cela permet de réduire l’anxiété, la procrastination et la confusion;
Elle simplifie aussi les notions financières complexes : graphiques simples, budgets illustrés, scénarios comparatifs, échéanciers visuels;
Elle s’assure que l’entrepreneur comprend bien les impacts financiers liés à l’embauche (charges sociales, flux de trésorerie) et lui propose, au besoin, un suivi trimestriel pour ajuster la planification budgétaire;
Elle effectue ensuite une relecture bienveillante de la demande de financement, en mettant d’abord en valeur les forces avant de proposer les ajustements.
L’accompagnatrice agit comme partenaire structurant : elle clarifie les priorités, réduit la charge cognitive, coordonne les bons relais, simplifie la prise de décision et soutient l’autonomie. Cette approche permet à l’entrepreneur de déposer une demande complète dans les délais, d’avancer sur son projet de recrutement et de renforcer sa confiance pour les démarches administratives futures.
Une entrepreneuse vivant avec un trouble anxieux généralisé souhaite ouvrir une boutique d’artisanat. Elle maîtrise bien son projet, mais les démarches financières, les imprévus et la perspective de présenter son dossier devant un comité d’investissement génèrent un stress important qui pourrait freiner sa progression.
L’accompagnateur instaure un climat de confiance et de respect mutuel, en évitant la pression liée aux échéances ou aux résultats;
Il propose un plan de financement progressif : commencer par un microprêt ou un montant modeste pour valider le concept, puis élargir la ligne de crédit une fois que l’entrepreneuse ou l’entrepreneur se sent prêt;
Il simplifie aussi l’information financière et fournit des attentes explicites pour éviter les ambiguïtés anxiogènes;
Il adapte la cadence du suivi au rythme de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur;
Il maintient une communication régulière et prévisible, par courriel ou téléphone, pour éviter les situations d’imprévu qui nourrissent l’anxiété;
En vue de la présentation devant un comité d’investissement, il met en place une préparation progressive : d’abord des simulations en tête-à-tête, ensuite une courte présentation devant quelques paires et pairs ou mentores et mentors bienveillants, puis des exercices filmés permettant une auto-observation constructive;
Ensemble, ils créent également un plan B rassurant, comme une version préenregistrée de la présentation ou un document synthèse à remettre au jury si une montée d’anxiété survient;
Avec l’accord de l’entrepreneuse, il communique aussi avec les responsables du comité pour adapter les conditions de présentation : durée flexible, possibilité de rester assise, espace calme, lumière douce, présence d’eau;
Il oriente l’entrepreneuse vers un organisme de soutien en santé mentale (par exemple Relief, CAP santé mentale) si celle-ci souhaite un accompagnement complémentaire, comme développer des stratégies d’autorégulation (respiration guidée, pauses planifiées, phrases d’ancrage, gestion du rythme et repères concrets pour reprendre le fil) ou mettre en place des techniques de gestion du stress ou de la surcharge émotionnelle ou mentale.
L’accompagnateur agit comme point de repère stable, en adaptant la cadence du suivi et les modalités financières au rythme de l’entrepreneuse. Il l’oriente vers des outils et des ressources pour gérer l’anxiété et valoriser ses forces. Cette posture permet à l’entrepreneuse d’avancer avec confiance, d’exprimer sa vision d’affaires et de naviguer dans les étapes clés sans se sentir submergée.
Ces exemples démontrent que la mobilisation ne devient efficace que si l’accompagnatrice ou l’accompagnateur s’ajuste au rythme, aux besoins et aux contraintes de la personne accompagnée. Qu’il s’agisse de réduire la charge cognitive, d’adapter la communication, de structurer des étapes délicates ou de sécuriser une situation anxiogène, son rôle est de simplifier, d’éclairer et de soutenir. Une mobilisation bien menée ouvre la voie à un accompagnement mieux ciblé, davantage outillé et réellement adapté.
Orienter vers les services et partenaires spécialisés
Mobiliser les bons partenaires est essentiel pour assurer un accompagnement complet et adapté aux besoins des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés.
Ces partenaires peuvent provenir de divers milieux (institutionnel, communautaire, entrepreneurial ou psychosocial) et intervenir à différents moments du parcours entrepreneurial ou répondre à des besoins variés : techniques, humains, financiers, sociaux ou organisationnels.
Services spécialisés
Partenaires spécialisés en accessibilité et handicap
Qui : Associations ou organismes représentant, soutenant ou défendant les droits des personnes handicapées.
Rôle : Offrir du soutien technique, matériel, éducatif ou d’intégration lié au handicap
Services mobilisables :
Ergothérapie et adaptation du poste de travail
Aides techniques et technologiques (lecteurs d’écran, claviers adaptés, logiciels spécialisés)
Évaluation des besoins physiques et cognitifs
Exemples :
Office des personnes handicapées du Québec (OPHQ)
SPHERE
Centre d’aide technique
Associations régionales de personnes handicapées ou selon le type de handicap
Organismes de défense de droits ou de soutien à l’intégration professionnelle
Partenaires en accompagnement administratif, juridique et fiscal
Qui : Ressources pour offrir un accompagnement dans la gestion d’entreprise, la fiscalité, les subventions ou la gouvernance.
Rôle : Appuyer la gestion d’entreprise, la gouvernance et les démarches réglementaires.
Services mobilisables :
Soutien à la fiscalité, aux subventions, à la structure juridique
Accompagnement dans les démarches administratives
Exemples :
Comptables, notaires, avocates et avocats spécialisés
Services de développement économique locaux (CLD, MRC, CDE)
Partenaires sectoriels (accessibilité, financement, entrepreneuriat collectif)
Partenaires en financement inclusif et subventions
Qui : Organismes offrant des programmes de financement adaptés, des bourses ou de l’aide à la recherche de financement.
Rôle : Soutenir l’accès à des ressources financières adaptées aux besoins spécifiques.
Services mobilisables :
Subventions pour équipements spécialisés
Programmes de financement inclusif
Aide à la recherche de financement
Exemples :
Evol
MicroEntreprendre (microcrédits communautaires)
Finandicap
Finautonome
Fundica
Innovation Canada
Partenaires en entrepreneuriat collectif, d’impact et inclusif
Qui : Réseaux et incubateurs soutenant les projets à vocation sociale, communautaire ou environnementale.
Rôle : Accompagner les projets à vocation sociale, communautaire ou inclusive.
Services mobilisables :
Soutien stratégique et réseautage
Intégration dans des environnements entrepreneuriaux inclusifs
Exemples :
Chantier de l’économie sociale
Territoires innovants en économie sociale et solidaire (TIESS)
Esplanade Québec
Coopératives de développement régional
Partenaires en soutien à l’entrepreneuriat inclusif
Qui : Organismes ou programmes axés sur la diversité, l’équité et l’inclusion dans l’entrepreneuriat.
Rôle : Favoriser l’accès équitable à l’entrepreneuriat pour les personnes issues de la diversité, en tenant compte des obstacles systémiques et des besoins spécifiques.
Services mobilisables :
Appui personnalisé pour développer un modèle d’affaires adapté aux réalités vécues
Accès à des réseaux d’affaires diversifiés, à des communautés de pratique et à des événements conçus pour favoriser la participation de profils variés
Soutien à la légitimité entrepreneuriale
Exemples :
Evol
MicroEntreprendre (microcrédits communautaires)
Ressources communautaires et psychosociales
Partenaires communautaires et associatifs
Qui : Organismes ancrés dans les communautés locales, associations de personnes concernées et groupes citoyens offrant du soutien, du partage d’expérience et un espace sécurisant pour s’exprimer.
Rôle : Favoriser l’inclusion, le partage d’expérience et la pair-aidance.
Services mobilisables :
Groupes d’entraide
Mise en commun de stratégies concrètes
Soutien à la crédibilité et à la posture entrepreneuriale
Exemples :
Associations de personnes vivant avec un handicap
Organismes spécialisés en inclusion et accessibilité
Réseaux de paires et pairs et mentorat
Partenaires en soutien psychosocial et bien-être
Qui : Ressources qui contribuent au maintien de l’équilibre personnel et professionnel
Rôle : Contribuer à l’équilibre personnel et professionnel de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur
Services mobilisables :
Accompagnement psychosocial
Soutien en santé mentale
Ressources pour la conciliation des rôles
Exemples :
CLSC, CIUSSS, services de santé mentale
Info-Social 811, Tel-Aide, Suicide.ca
Centres de femmes, groupes d’entraide, organismes en santé mentale
Organismes d’aide à la conciliation vie-travail-handicap
Service d’adaptation
Organisme de pair-aidance ou de mentorat
Bonnes pratiques
Il est recommandé de maintenir à jour un répertoire local et national des partenaires clés, comprenant :
les coordonnées et les personnes de référence;
les critères d’admissibilité et les modalités d’accès;
les domaines d’expertise (accompagnement, financement, soutien technique, etc.).
Consulter le Répertoire de ressources, programmes et partenaires spécialisés.
Soutien psychosocial et santé mentale : un levier essentiel
Une charge mentale à reconnaître
L’entrepreneuriat peut être exigeant sur le plan émotionnel. Lorsqu’il se combine à une situation de handicap, cette charge peut s’accentuer : isolement, obstacles systémiques, ruptures de parcours ou échecs passés. Ces réalités pèsent souvent sur la motivation et la confiance en soi.
Le rôle de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur :
Il est essentiel d’ouvrir l’espace pour aborder la dimension psychologique sans remplacer les professionnelles et professionnels. La posture à adopter repose sur trois gestes clés :
Écouter attentivement : repérer les signes de détresse ou de surcharge (épuisement, perte de motivation, anxiété visible);
Nommer avec bienveillance : ouvrir une discussion sur le stress, la fatigue, le découragement, afin de légitimer ces vécus;
Orienter vers les bonnes ressources (chapitre 4.4.3) : proposer un relais vers des services psychosociaux publics, communautaires ou spécialisés (psychologues, travailleuses ou travailleurs sociaux, groupes de pair-aidance) ou autres structures d’accompagnement.
À retenir : Il ne s’agit pas de jouer un rôle de psychologue, mais d’avoir une posture suffisamment humaine et vigilante pour repérer les signaux d’alerte et agir comme pont vers des professionnelles et professionnels compétents.
La valeur de la mobilisation
Un soutien psychologique ou psychosocial bien orienté peut :
Renforcer la résilience et l’autonomie de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur;
Restaurer la confiance et la motivation;
Contribuer à la pérennité du projet entrepreneurial, en réduisant les risques d’abandon prématuré.
Une approche intégrée
Assurer un accompagnement à fort impact signifie coordonner plusieurs domaines en même temps, à savoir :
le développement entrepreneurial;
la santé et le bien-être;
les aides sociales et administratives;
les outils de pratiques du quotidien.
Le projet entrepreneurial ne repose pas seulement sur les aspects économiques. Il dépend aussi de la capacité de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur à accéder à ses droits, à ses soins, à du soutien et à des ressources adaptées.
L’accompagnatrice ou l’accompagnateur agit comme un fil conducteur, reliant les bonnes ressources au bon moment. Elle ou il contribue ainsi à un accompagnement global, qui soutient l’entrepreneuse ou l’entrepreneur autant dans le développement de son projet que dans les dimensions humaines de son parcours. Son rôle permet de préserver la dignité et la confiance de la personne qu’elle soutient.
4.5 Formation et développement des compétences
Un levier pour l’autonomie et la pérennité
Se former est essentiel dans tout parcours entrepreneurial. Le développement des compétences en entrepreneuriat constitue un levier essentiel pour renforcer l’autonomie, la confiance et la durabilité des projets. Or, pour certains entrepreneuses et entrepreneurs, accéder à la formation représente déjà un défi : fatigue, accès numérique limité, différence dans les façons d’apprendre, difficultés d’attention, besoin de supports adaptés, etc.
Offrir des contenus adaptés et des modalités variées est donc indispensable pour répondre à la pluralité des besoins et des situations. Cette section traite des principes pédagogiques, des formats d’apprentissage et du rôle des accompagnatrices et accompagnateurs. Le chapitre 5.7 portera sur le contenu et les modalités de rencontre, tandis que le chapitre 5.8 sera consacré aux plateformes et aux outils utilisés.
Offrir un environnement d’apprentissage inclusif
Rendre une formation inclusive ne se limite pas à modifier un support ou une salle : il s’agit d’une démarche globale, qui commence par la posture pédagogique. Une formation inclusive est donc conçue avec les personnes concernées, et non pour elles seulement.
Cela suppose :
d’adopter une attitude ouverte et bienveillante, exempte de jugement;
de reconnaître que chaque personne apprend différemment;
de planifier des pauses et des temps d’intégration;
de s’assurer que chaque personne puisse s’exprimer à son rythme, dans un climat de respect.
L’enjeu principal n’est pas d’uniformiser les expériences d’apprentissage, mais de créer un espace où toutes les personnes peuvent apprendre, comprendre et contribuer selon leurs forces. Bref, l’inclusion commence dans la relation avant la technique.
Diversifier les formats pour favoriser la participation
Les personnes apprennent différemment. Certaines ont besoin d’échanges en direct, d’autres de temps pour intégrer, d’autres encore de supports visuels pour mieux comprendre.
Proposer plusieurs modalités de participation permet à chaque personne de s’impliquer activement, selon ses préférences et sa situation. L’objectif n’est pas de multiplier les formats, mais d’offrir une réelle flexibilité d’accès et de participation.
| Format | Ce qu’il permet |
|---|---|
| Présentiel | Favorise le lien humain, l’expérimentation, la participation active. |
| Virtuel | Réduit la fatigue liée aux déplacements, facilite l’enregistrement et la relecture. |
| Hybride | Offre une flexibilité précieuse pour concilier santé, rythme personnel et contraintes logistiques. Permet de participer à distance à une rencontre en présentiel, depuis chez soi ou tout autre lieu accessible. L’usage d’une caméra 360° type Meeting Owl permet d’optimiser cette expérience immersive. |
| Asynchrone | Permet d’apprendre à son rythme, de revoir le contenu et d’éviter la surcharge cognitive ou physique grâce à des capsules vidéo ou des modules en ligne. |
| Mixte et progressive | Combine les approches : commencer à distance, puis poursuivre en présentiel selon l’évolution de la situation et de la disponibilité. |
Varier les formats crée des parcours plus souples qui respectent les variations d’énergie, les réalités de santé et les contextes de vie des entrepreneuses et entrepreneurs.
À retenir : Le bon format est celui qui s’ajuste à la personne, et non l’inverse.
Concevoir des contenus accessibles
L’accessibilité d’une formation ne repose pas uniquement sur la technologie ou les outils : elle relève d’abord de la qualité pédagogique. Elle dépend aussi de la posture, de la compréhension et des réflexes des personnes qui accompagnent, forment ou encadrent les participants et participantes.
Quelques principes à retenir :
Employer un langage simple, direct et sans jargon;
Diviser l’information en sections courtes et logiques;
Utiliser des exemples concrets, des illustrations ou des schémas;
Fournir les documents à l’avance et dans plusieurs formats pour permettre la préparation;
Prévoir un résumé des points clés à la fin de chaque module;
Donner la possibilité de revoir les contenus après les séances.
Les outils et environnements d’apprentissage jouent un rôle central dans la réussite d’une formation inclusive. Un excellent contenu perd sa valeur s’il est présenté sur une plateforme difficile à naviguer ou dans un lieu inadapté. L’objectif est de faciliter la participation, et non pas de la complexifier.
Un contenu clair, accessible et bien structuré profite à tout le monde. Les outils ne remplacent pas l’accompagnement. Toutefois, ils permettent de le rendre possible.
Astuce : Prendre le temps de demander à l’entrepreneuse ou l’entrepreneur ce qui lui est réellement aidant. Bien souvent, les adaptations les plus efficaces sont aussi les plus simples. Par exemple, proposer un horaire flexible, prévoir une pause supplémentaire ou fournir un résumé en fin de rencontre.
Consulter la Liste de vérification de l’accessibilité des contenus et des rencontres.
Bénéfices partagés de la formation inclusive
Les formatrices et formateurs jouent un rôle central dans la création d’environnements d’apprentissage inclusifs. Leur sensibilisation est donc un investissement stratégique pour tout organisme de soutien à l’entrepreneuriat.
Les former et les sensibiliser à la réalité des entrepreneuses et entrepreneurs vivant avec un handicap, c’est leur donner les moyens d’offrir un accompagnement plus juste, plus humain et plus efficace. Des personnes bien sensibilisées :
comprennent mieux les besoins spécifiques;
ajustent leurs approches et méthodes;
favorisent un climat d’apprentissage inclusif, bienveillant et stimulant.
Les bénéfices sont partagés à tous les niveaux :
Pour les accompagnatrices et accompagnateurs :
Acquisition de compétences transférables utiles à l’ensemble des clientèles;
Amélioration de la communication, de la pédagogie et de la relation d’aide;
Renforcement de la confiance et de la capacité d’adaptation.
Pour les organisations :
Valorisation de leur leadership en inclusion et innovation sociale;
Capacité accrue à joindre des publics encore peu représentés;
Climat organisationnel plus collaboratif, ouvert et humain.
Pour l’écosystème entrepreneurial :
Diffusion de pratiques inclusives;
Mutualisation d’outils et de ressources accessibles;
Effet d’entraînement vers un entrepreneuriat plus équitable et représentatif.
Ces bénéfices ne prennent pleinement leur sens que lorsqu’ils sont intégrés dans les pratiques et les structures d’accompagnement. Le chapitre 7 reviendra sur les façons de mettre concrètement en œuvre ces principes au sein d’une organisation.
Se former à l’inclusion, c’est donc améliorer son offre, faire évoluer ses pratiques et renforcer sa capacité d’innovation.
À retenir : Intégrer un ou deux critères d’inclusion dans l’évaluation des formations, comme l’accessibilité perçue ou les obstacles rencontrés, suffit à nourrir une démarche d’amélioration continue.
Plateformes et outils numériques adaptés
L’importance stratégique des outils
L’accessibilité d’une formation ne repose pas uniquement sur la qualité du contenu. Elle dépend aussi des plateformes et des outils numériques utilisés. Un contenu pertinent peut perdre toute sa valeur s’il est hébergé sur une interface impossible à naviguer pour une personne ayant une limitation visuelle, cognitive, auditive ou motrice.
Le choix des outils numériques influence directement la capacité des entrepreneuses et entrepreneurs à apprendre en toute autonomie. Une plateforme bien choisie permet :
de réduire la fatigue et la surcharge cognitive;
de soutenir la confiance et la motivation;
d’éviter des situations d’exclusion invisibles, souvent vécues comme décourageantes.
Les critères d’accessibilité numérique et des exemples d’outils numériques
Chaque outil utilisé, que ce soit pour former, collaborer ou communiquer, doit pouvoir être navigué, compris et manipulé par toutes et tous, avec ou sans technologie d’assistance.
Avant d’adopter une solution numérique, il importe d’évaluer :
sa compatibilité avec les normes d’accessibilité (WCAG 2.1);
sa simplicité d’usage et sa personnalisation (contraste, taille du texte, sous-titres activables);
sa capacité à soutenir la participation équitable de toutes les entrepreneuses et tous les entrepreneurs.
Principes d’accessibilité à intégrer :
Fonctions techniques :
Intégrer des outils de visio-interprétation en LSQ ou de sous-titrage en direct dans les formations virtuelles;
Vérifier que les questionnaires, formulaires et activités interactives sont utilisables au clavier et compatibles avec les lecteurs d’écran;
Privilégier des outils collaboratifs inclusifs, tels que des documents partagés à navigation simplifiée, avec options de lecture à voix haute ou de résumé automatique;
Choisir des plateformes permettant la personnalisation de l’expérience utilisateur (contrastes, polices, vitesses de lecture, affichage simplifié);
S’assurer de la compatibilité multiplateforme (ordinateur, tablette, téléphone) pour ne pas restreindre l’accès;
Tester les outils avec différentes aides techniques (lecteurs d’écran, commandes vocales, logiciels de grossissement) avant leur déploiement.
Accessibilité des contenus pédagogiques :
Utiliser des supports compatibles avec les technologies d’assistance (lecteurs d’écran, polices accessibles comme Luciole ou Atkinson Hyperlegible);
Offrir des contenus en formats variés : textes simplifiés, capsules vidéo sous-titrées, baladodiffusions, schémas visuels;
Présenter les documents en formats accessibles et bien vulgarisés :
PDF balisés, versions audio, textes clairs et structurés;
Application des principes du FALC lorsque pertinent.
Produire des contenus multimédias inclusifs : vidéos avec transcription complète, audiodescription, sous-titrage et visio-interprétation (LSQ), tutoriels interactifs avec navigation intuitive;
Favoriser une approche active et expérientielle de l’accompagnement : mise en situation, études de cas, échanges entre paires et pairs;
Évaluer régulièrement la compréhension et la satisfaction des participantes et participants pour ajuster la pédagogie en continu.
Ces principes sont indissociables de la qualité pédagogique. Une formation inclusive profite à toutes et à tous, en simplifiant et clarifiant les apprentissages.
Exemples d’outils numériques adaptés
| Besoin | Exemples d’outils | Points de vigilance |
|---|---|---|
| Formation en ligne (plateforme d’apprentissage LMS) | Moodle (plugin accessibilité) Canva LMS EdApp LearnDash |
Balisage sémantique, navigation clavier, cohérence des gabarits |
| Rencontres virtuelles | Zoom Teams Google Meet |
Activation du sous-titrage et de la transcription en direct, intégration d’un service d’interprétation LSQ, gestion du tour de parole |
| Sous-titrage/transcription | Otter.ai Web Captioner, Microsoft Stream |
Vérification de la précision et de la confidentialité |
| Création de contenu accessible | Canva (accessibilité), Genially, Storyline 360 (Articulate), PowerPoint | Ajout d’un texte de remplacement (alt text), maintien d’un bon contraste, réduction de la surcharge visuelle, utilisation de polices et tailles adéquates, balisage des PDF |
| Outils collaboratifs inclusifs | Google Docs Notion Miro |
Navigation simplifiée, lecture à voix haute, compatibilité avec les lecteurs d’écran |
| Aides techniques complémentaires | NVDA Be My Eyes Capti Voice |
Vérification de la compatibilité entre les logiciels et les navigateurs |
Le choix des outils numériques détermine la capacité des entrepreneuses et entrepreneurs à apprendre en toute autonomie.
En savoir plus sur les outils numériques adaptés.
Outils et aménagements en présentiel
L’accessibilité d’une formation ou d’un accompagnement en présentiel ne repose pas uniquement sur le choix du lieu. Elle dépend aussi des outils et dispositifs mis à disposition, qui permettent à chaque personne de participer pleinement et de manière autonome.
Exemples d’outils et d’aménagements utiles :
Accessibilité physique : rampes d’accès, ascenseurs, portes automatiques, espace de stationnement, signalisation claire et contrastée, toilettes accessibles;
Mobilier adapté : tables réglables en hauteur, chaises ergonomiques, espaces dégagés pour fauteuils roulants;
Soutien visuel : documents imprimés en gros caractères et avec une police lisible, affiches avec pictogrammes, contrastes élevés et police lisible sur les supports visuels, aide-mémoire en FALC, éclairage adéquat;
Soutien auditif : systèmes de boucle magnétique2, micros sans fil pour les échanges, interprétation en LSQ, sous-titrage en temps réel projeté sur écran, acoustique adéquate;
Soutien cognitif : documents simplifiés en FALC, aide-mémoires visuels, schémas clairs, pauses planifiées pour éviter la surcharge;
Technologies complémentaires : tablettes avec synthèse vocale, outils de transcription instantanée, écrans interactifs accessibles;
Accueil : personne-ressource désignée pour accueillir, rassurer et orienter l’entrepreneuse ou l’entrepreneur.
Le rôle de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur
Anticiper : vérifier les besoins spécifiques avant l’activité et préparer les aménagements nécessaires;
Vérifier sur place : s’assurer que l’espace est réellement fonctionnel;
Faciliter la participation : introduire les outils disponibles (par exemple, comment utiliser le micro, où trouver les documents adaptés);
Ajuster : recueillir les retours après la séance pour améliorer l’expérience lors des prochaines activités.
Exemple :
Lors d’une formation en salle :
Une accompagnatrice ou un accompagnateur doit prévoir un système de sous-titrage en direct projeté à l’écran pour les personnes sourdes ou malentendantes;
Elle ou il organise la disposition de la salle avec des espaces réservés pour fauteuils roulants, tout en maintenant une proximité visuelle avec la personne qui anime;
Elle ou il distribue un aide-mémoire visuel en FALC résumant les points clés, afin que chaque personne puisse suivre à son rythme.
Astuces :
Ne pas hésiter à demander à l’entrepreneuse ou l’entrepreneur ce qu’elle ou il préfère (boucle, FM, transcription, interprétation LSQ ou ASL), car les besoins et les équipements personnels varient beaucoup;
Consulter l’entrepreneuse ou l’entrepreneur pour respecter son choix d’interprète en langue des signes, si cela est possible.
Consulter le gabarit de la Liste de vérification de l’accessibilité des contenus.
4.6 Mieux comprendre les formes d’accompagnement pour mieux soutenir les personnes
Créer et gérer une entreprise est un défi pour toute personne. Lorsque s’ajoutent des obstacles liés à un handicap, des barrières physiques, administratives, financières ou encore sociales, l’accompagnement devient un levier incontournable. Loin d’être un bonus, il permet :
de compenser certaines contraintes pratiques (mobilité, communication, accès aux financements);
de renforcer la confiance et la résilience face aux doutes ou à la stigmatisation;
d’ouvrir des portes vers des réseaux, des marchés et des financements souvent moins accessibles;
de reconnaître et valoriser la diversité des parcours et des manières d’entreprendre.
Un accompagnement inclusif ne se limite pas à des conseils techniques ou financiers. Il englobe aussi le soutien stratégique, humain et expérientiel, en s’ajustant aux besoins réels et spécifiques de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur. L’objectif n’est pas d’uniformiser, mais de proposer plusieurs formes de soutien complémentaires, au bon moment, selon le contexte et le rythme de chacun.
Le rôle des accompagnatrices et accompagnateurs
Qu’ils soient spécialistes en services financiers, professionnelles ou professionnels du conseil en affaires, spécialistes de la fiscalité ou gestionnaires de programme, le rôle des accompagnatrices et accompagnateurs dépasse l’expertise technique. Il consiste à :
Adopter temporairement une posture de mentorat ou de coaching (écouter, questionner, faire part d’une expérience, encourager la réflexion plutôt que donner une solution);
Orienter vers d’autres expertises si les besoins de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur dépassent leur champ d’expertise;
Jouer un rôle de facilitatrice ou facilitateur en connectant l’entrepreneuse ou l’entrepreneur aux bonnes ressources pour assurer un accompagnement global.
Bien maîtriser les principales formes d’accompagnement entrepreneurial ainsi que comprendre leurs différences et l’utilité de chacune offrent aux accompagnatrices et accompagnateurs, comme aux entrepreneuses et entrepreneurs, des repères clairs pour choisir les bons leviers, au bon moment, selon chaque situation.
Les principales formes d’accompagnement
Coaching et mentorat : au cœur des leviers
Le coaching et le mentorat sont au cœur de l’accompagnement inclusif :
Le coaching aide à clarifier ses objectifs, à développer ses compétences et à trouver des stratégies adaptées à son rythme et à ses besoins;
Le mentorat offre plutôt une relation d’échange avec une personne plus expérimentée, qui partage son vécu, inspire et ouvre des portes.
Ensemble, ils offrent un équilibre entre soutien concret (organisation, méthodes, outils) et soutien humain (écoute, confiance, légitimité).
Ce duo est particulièrement pertinent face aux obstacles psychosociaux (faible estime de soi, peur de la stigmatisation). Le coaching travaille la résilience et le leadership, alors que le mentorat valorise le vécu et brise l’isolement.
Exemple pour distinguer les deux formes :
Une entrepreneuse souhaite lancer son projet, mais doute de la meilleure façon de s’y prendre. Ses variations d’énergie rendent difficiles la planification et l’enchaînement des étapes.
Le coaching peut aider l’entrepreneuse à structurer ses horaires en fonction de ses moments forts, à clarifier ses priorités et à maintenir le cap sur ses objectifs, tout en préservant son énergie.
Le mentorat, quant à lui, repose sur le partage d’un parcours personnel (les erreurs commises, les stratégies explorées et les ajustements réalisés) pour mieux gérer l’énergie dans un projet entrepreneurial. Ce retour d’expérience offre des repères concrets, sans imposer de solution, et invite l’entrepreneuse à réfléchir à ce qui pourrait convenir à sa propre réalité.
Distinction des rôles : mentore ou mentor, coach, conseillère ou conseiller, formatrice ou formateur
Mentore ou mentor : partage son vécu, son parcours et ses apprentissages; inspire et favorise la réflexion, sans donner de solutions toutes faites;
Coach : accompagne par le questionnement, aide à clarifier les objectifs et à développer le potentiel de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, souvent dans une logique de performance ou de développement personnel;
Conseillère ou conseiller : apporte une expertise technique ou stratégique, propose des recommandations concrètes et des outils adaptés à la situation;
Formatrice ou formateur / experte ou expert : transmet des connaissances spécifiques (juridiques, financières, technologiques, etc.) dans un cadre plus pédagogique.
| Rôle | Objectif principal | Approche | Exemple d’apport concret |
|---|---|---|---|
| Mentore ou mentor |
Inspirer et ouvrir des pistes de réflexion | Partage d’expériences et d’apprentissages vécus | « Voilà comment j’ai surmonté un défi similaire. » |
| Coach | Développer le potentiel et la clarté des objectifs | Questionnement et accompagnement personnalisé | « Quelles stratégies pourrais-tu envisager pour gérer cette situation? » |
| Conseillère ou conseiller |
Fournir une expertise technique ou stratégique | Recommandations, outils et solutions | « Selon la réglementation, voici les étapes à suivre : » |
| Formatrice ou formateur / experte ou expert | Transmettre des connaissances spécifiques | Enseignement structuré | Atelier sur la gestion financière ou formation en marketing numérique |
Ces rôles sont complémentaires. L’accompagnatrice ou l’accompagnateur doit savoir quand mobiliser l’un ou l’autre, selon les besoins exprimés par l’entrepreneuse ou l’entrepreneur.
Les autres formes d’accompagnement
Formation : consolider les bases
La formation apporte des connaissances techniques (gestion, marketing, numérique). Une formation inclusive reconnaît que les personnes apprennent différemment, ont des parcours variés et méritent un accompagnement souple, bienveillant et personnalisé.
Réseautage : ouvrir des portes
Le réseautage est essentiel pour accéder à des marchés, partenaires ou investisseurs. Pourtant, des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés s’autoexcluent de ces cercles, par crainte d’être jugés, par manque d’accessibilité ou parce que ces espaces ne tiennent pas compte de leurs réalités.
Codéveloppement : apprendre des autres
Le codéveloppement repose sur l’intelligence collective, dans un cadre structuré, afin de réfléchir sur des situations concrètes vécues. En groupe, des entrepreneuses et entrepreneurs font part de leurs expériences, ce qui aide chacune et chacun à avancer à tour de rôle, de manière régulière.
Rencontres collectives et pair-aidance : briser l’isolement et renforcer la légitimité
Les rencontres de groupe (cercles, mentorat collectif, groupes de soutien) et le soutien pair à pair (peer-to-peer) reposent sur la même logique : créer des espaces où les entrepreneuses et entrepreneurs peuvent mettre en commun leurs expériences, s’entraider et reconnaître la valeur de leurs parcours.
Tableau – Formes d’accompagnement adaptées et inclusives
| Forme d’accompagnement | Rôle principal | Lien avec d’autres formes | Apport inclusif |
|---|---|---|---|
| Coaching |
|
|
|
| Mentorat |
|
|
|
| Formation |
|
|
|
| Réseautage |
|
|
|
| Codéveloppement |
|
|
|
| Rencontres collectives et pair-à-pair |
|
|
|
En résumé
Les différentes formes d’accompagnement ne s’excluent pas : elles se complètent.
La formation apporte les savoirs;
Le coaching aide à transformer ces savoirs en actions;
Le mentorat inspire et ouvre des réseaux;
Le réseautage élargit l’écosystème;
Le codéveloppement stimule la réflexion collective;
Les rencontres collectives créent un soutien communautaire;
Le pair-à-pair renforce la légitimité et l’entraide.
Bien maîtriser les complémentarités de ces différentes formes permet d’offrir un accompagnement réellement inclusif, adapté aux réalités diverses.
Sélection et préparation des accompagnatrices et accompagnateurs
Pourquoi c’est essentiel?
Accompagner des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés ne s’improvise pas. Les accompagnatrices et accompagnateurs n’ont pas nécessairement l’expérience ou les repères pour accompagner des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés. Or, un accompagnement efficace requiert :
une compréhension des obstacles concrets (mobilité, communication, accès au financement, rythmes de travail fluctuants);
une reconnaissance des dimensions psychosociales (confiance, appartenance, peur de la stigmatisation);
une capacité à utiliser ou à recommander des outils d’accessibilité (technologies d’assistance, formats hybrides, supports adaptés).
En l’absence de cette sensibilisation, l’accompagnement peut involontairement reproduire des biais ou appliquer des modèles standards qui ne correspondent pas aux réalités vécues.
Critères de sélection
Les accompagnatrices ou accompagnateurs idéaux sont des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés, puisqu’ils incarnent une expérience vécue précieuse.
Comme ces profils restent limités, il est essentiel d’élargir la recherche à des profils ouverts et prêts à s’adapter.
Une accompagnatrice inclusive ou un accompagnateur inclusif se reconnaît à sa capacité à :
avoir suivi une formation ou une sensibilisation au handicap (langage inclusif, communication adaptée, repères de non-discrimination);
être à l’aise avec les outils numériques et d’accessibilité (visioconférence accessible, lecteurs d’écran, interfaces de substitution);
valoriser la diversité des trajectoires (utilité sociale, fierté, équilibre de vie, et pas seulement hypercroissance);
pratiquer l’écoute active et reconnaître l’expertise de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur sur sa propre situation;
rester à jour sur les initiatives, les soutiens financiers, les événements et les ressources qui touchent à la fois l’entrepreneuriat, l’inclusivité et le handicap;
adopter une posture réflexive (remettre en question ses propres pratiques, ajuster son accompagnement).
Le choix doit également tenir compte du profil et du type de handicap de la personne accompagnée, afin de favoriser la compatibilité et la pertinence de l’accompagnement.
Un accompagnement de qualité reconnaît que la réussite ne se mesure pas uniquement en revenus, mais aussi en confiance retrouvée, en sentiment d’appartenance et en dignité.
Préparation et soutien continu
Avoir soi-même un handicap ne garantit pas automatiquement une juste prise de recul ou une posture adaptée. L’accompagnement, quel qu’il soit, demande des outils, un espace de réflexion et parfois un soutien spécifique.
Même les accompagnatrices et accompagnateurs les plus expérimentés peuvent avoir besoin d’appui pour accompagner de manière inclusive. Les dispositifs efficaces incluent :
des formations initiales (types de handicaps, aménagements possibles, posture inclusive);
des ressources continues (boîte à outils numérique, fiches pratiques sur les financements adaptés, répertoires de services spécialisés);
un espace d’échange entre paires et pairs (communauté de pratiques avec mise en commun des expériences des accompagnatrices et accompagnateurs, défis et solutions).
En résumé
Sélectionner des accompagnatrices et accompagnateurs, c’est garantir un accompagnement réellement adapté :
qui reconnaît la pluralité des besoins et des trajectoires;
qui transforme les obstacles en leviers d’innovation;
et qui contribue à un écosystème entrepreneurial plus équitable et inclusif.
Cela suppose :
de diversifier les profils : ne pas chercher uniquement des expertes ou experts « traditionnels » en affaires, inclure des personnes venant de l’économie sociale, de l’innovation sociale ou des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés;
de favoriser un processus collaboratif : impliquer l’entrepreneuse ou l’entrepreneur dans le choix, valider l’affinité relationnelle, prévoir un bilan après quelques rencontres;
d’assurer une sensibilisation minimale : privilégier les personnes ayant une ouverture à la diversité, une écoute active et une connaissance de base en accessibilité et inclusion;
de mettre en place des pratiques de sélection rigoureuses : privilégier des accompagnatrices et accompagnateurs qui ont déjà accompagné des personnes en situation de handicap, ayant suivi une formation de base sur l’accessibilité et l’inclusion, ou ayant elles-mêmes un handicap;
de préserver une éthique et une confidentialité strictes : insister sur l’importance de respecter le vécu sensible de la personne (par exemple en lien avec les informations sur sa santé ou ses limitations fonctionnelles).
Une accompagnatrice ou un accompagnateur choisi avec soin ne transmet pas seulement des savoirs : elle ou il contribue à bâtir un climat de confiance et à rendre visibles des parcours entrepreneuriaux qui restent trop souvent dans l’ombre.
Bonnes pratiques en accompagnement inclusif
Qu’il s’agisse d’un rôle assumé directement ou confié à d’autres, un accompagnement adapté repose sur quelques principes essentiels :
une posture non prescriptive : partager, questionner, écouter plutôt que donner des recettes toutes faites;
la flexibilité : proposer des formats adaptés (rencontres plus courtes, virtuelles, pauses intégrées);
la reconnaissance : valider le vécu et les obstacles systémiques rencontrés par l’entrepreneuse ou l’entrepreneur;
l’accessibilité : veiller à ce que les outils, documents et lieux de rencontre soient inclusifs et adaptés;
la disponibilité : prévoir une certaine souplesse horaire pour s’ajuster au rythme de la personne;
la pair-aidance : encourager le maillage avec d’autres entrepreneuses et entrepreneurs ayant un vécu similaire.
Ces principes permettent de transformer la relation d’accompagnement en un espace de confiance, de reconnaissance et de légitimité, plutôt qu’en une simple transmission de conseils techniques.
Renforcer les compétences des accompagnatrices et accompagnateurs
Sans se substituer aux prestataires techniques ni aux équipes logistiques, l’accompagnatrice ou l’accompagnateur joue un rôle clé pour soutenir le développement continu des compétences des entrepreneuses et entrepreneurs et faciliter leur accès à la formation.
Elle ou il agit comme facilitatrice ou facilitateur entre besoins, ressources et contextes d’apprentissage, en veillant à l’accessibilité des contenus et des formats.
Formations clés à prioriser
L’accompagnement inclusif ne s’improvise pas. Pour qu’il soit efficace, les accompagnatrices et accompagnateurs doivent avoir accès à une formation minimale couvrant, entre autres, les dimensions suivantes :
communication inclusive : adopter un langage respectueux et non stigmatisant;
accessibilité numérique et aménagements raisonnables : connaître les bases pour rendre les outils, les supports et les environnements accessibles;
enjeux psychosociaux et santé mentale : comprendre l’impact de la stigmatisation, du stress ou de l’isolement sur la trajectoire entrepreneuriale;
techniques d’accompagnement adaptatif : fractionner les séances, varier les formats d’apprentissage, proposer des supports visuels ou auditifs;
travail sur les biais inconscients : reconnaître ses propres préjugés et éviter les jugements rapides;
posture réflexive : analyser ses pratiques, ajuster, documenter les apprentissages.
Renforcer les compétences ne profite pas qu’aux entrepreneuses et entrepreneurs handicapés. Cela permet d’élever la qualité de l’ensemble de l’écosystème entrepreneurial.
Gestes concrets (rôle opérationnel) :
Repérer, avec l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, les besoins spécifiques de formation liés à son projet, à son profil ou à ses limitations fonctionnelles;
Orienter vers des organismes ou programmes offrant des parcours adaptés (écoles d’entrepreneuriat, universités, formations communautaires, etc.);
Faciliter la participation à des programmes : aide à l’inscription, recherche de financement, demandes d’accommodements;
Encourager l’apprentissage par les paires et pairs via des communautés, forums ou groupes de codéveloppement;
Suivre les progrès et adapter le plan d’accompagnement en fonction de l’évolution des compétences.
4.7 Financement et accès aux programmes
L’accès au financement est un déterminant crucial de la réussite entrepreneuriale. Pourtant, les entrepreneuses et entrepreneurs handicapés rencontrent souvent des obstacles supplémentaires : critères rigides, incompréhension de leurs besoins d’adaptation, méconnaissance des programmes spécialisés.
Ces obstacles créent souvent une forme d’exclusion silencieuse. Un projet solide peut être écarté non pas par manque de potentiel, mais parce que les conditions pour y accéder ne tiennent pas compte de la diversité des trajectoires.
Accompagner une entrepreneuse ou un entrepreneur implique donc aussi de soutenir son accès au financement, en :
repérant les bons leviers selon son profil et son projet;
reformulant ses besoins en arguments positifs;
reconnaissant les coûts additionnels liés à l’adaptation;
soutenant une lecture plus juste de la viabilité du projet.
Aides financières et dispositifs disponibles
Bien que des aides financières existent, elles restent trop peu nombreuses ou insuffisamment adaptées aux réalités des entrepreneuses et entrepreneurs handicapés. Certaines personnes sont souvent mieux informées des programmes liés au handicap que des programmes d’accompagnement entrepreneurial, ce qui limite leur accès à certaines ressources clés.
Pourtant, certaines mesures peuvent soutenir l’entrepreneuriat inclusif :
| Type d’aide | Ce que cela permet | Exemples |
|---|---|---|
| Subventions spécifiques | Couvrir les coûts liés aux aides techniques, aux équipements adaptés ou à l’aménagement du lieu de travail. | Programmes OPHQ, soutien à l’adaptation du milieu |
| Financement inclusif et accompagnement adapté | Prêts et accompagnements sensibles aux besoins spécifiques, par exemple pour les personnes éloignées des réseaux de financement traditionnels. | Evol, Finandicap, microcrédit communautaire (MicroEntreprendre) |
| Programmes publics | Financer l’intégration de technologies d’assistance, la formation à l’embauche ou l'adaptation du travail. | MEI, Services Québec / Emploi-Québec |
| Réseaux d’entrepreneuriat collectif et social | Accompagnement et financement basé sur l’impact social et la contribution communautaire. | TIESS, Chantier de l’économie sociale, CDR |
Pour mieux répondre aux besoins, plusieurs pistes d’amélioration peuvent être mises de l’avant. Voici quelques pistes :
Créer des guichets uniques afin de simplifier les démarches administratives;
Reconnaître des garanties de substitution comme les précommandes, les contrats ou les engagements communautaires (soutien d’un réseau, d’une organisation ou d’une communauté qui s’engage à appuyer le projet);
Adapter les modalités de remboursement aux réalités liées à la santé, au rythme de travail et aux revenus parfois irréguliers;
Mettre en place des fonds spécifiques dédiés à l’acquisition d’aides techniques et à l’innovation inclusive.
Ces dispositifs montrent que le financement ne doit pas simplement pallier des manques, mais plutôt ouvrir des perspectives en permettant l’acquisition d’outils, l’autonomie et l’innovation.
Adaptation des critères d’évaluation des projets
Pour évaluer une demande de financement de manière équitable, il est nécessaire de considérer toute la réalité du projet et de la personne. En voici les implications :
Valoriser la diversité des parcours : reconnaître la résilience, la créativité et les solutions innovantes mises en place par l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, plutôt que de les interpréter comme des fragilités;
Intégrer les besoins d’adaptation dans les prévisions financières : considérer les ajustements comme des conditions normales d’opération et non comme des coûts excédentaires. Cela inclut, par exemple, un délai de lancement plus long, des frais liés à l’accessibilité, des temps de pause, des outils spécialisés ou un soutien administratif;
Sensibiliser les comités d’évaluation : former les membres pour qu’ils ne perçoivent pas les accommodements comme des signes de faiblesse ou de risque, mais comme des leviers d’équité et de performance.
Ici, le rôle de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur est central. Elle ou il doit :
traduire les besoins d’adaptation en condition de réussite;
expliquer la logique du projet (énergie, soutien, continuité);
valoriser les compétences développées dans l’expérience du handicap, c’est-à-dire démontrer que la créativité, la stratégie et l’adaptation font partie intégrante du succès du projet.
Montage financier : intégrer l’adaptation comme une force
Qu’on le veuille ou non, l’accompagnatrice ou l’accompagnateur joue un rôle clé pour faciliter l’accès aux programmes de financement. Elle ou il peut aider à :
repérer les programmes pertinents selon le modèle d’affaires et les besoins spécifiques;
appuyer la préparation du dossier (formulaires, pièces justificatives, mise en valeur du potentiel du projet);
décomposer les étapes du dossier pour éviter la surcharge;
nommer clairement les coûts liés à l’accessibilité dans le plan financier, notamment :
les aides techniques (logiciels de lecture d’écran, outils de transcription, appareils ergonomiques);
les services professionnels spécifiques (interprétation (LSQ), sous-titrage, accompagnement spécialisé);
l’adaptation des espaces physiques (rampe, mobilier adapté, signalisation);
les soutiens administratifs temporaires liés au lancement du projet.
Exemple :
Un entrepreneur ayant un trouble cognitif léger souhaite démarrer une petite agence de communication.
L’accompagnement vers le financement ne se limite pas à une orientation technique ou administrative. Il vise à renforcer la lisibilité, la crédibilité et l’équité du projet en tenant compte des réalités vécues par l’entrepreneur. Cela peut notamment consister à :
l’orienter vers un programme de financement pour jeunes entrepreneuses et entrepreneurs, en ajoutant un budget pour services de soutien administratif (aide à la comptabilité et à la gestion de contrats);
construire un dossier qui met en valeur la créativité et les compétences uniques de l’entrepreneur dans le but d’éviter que le comité se concentre uniquement sur ses défis;
appuyer la recherche de ressources pour que la présentation du projet soit claire et accessible aux responsables de l’évaluation, parfois peu familiers avec les réalités du handicap;
ajuster les prévisions budgétaires pour inclure une méthode de travail progressive (plus longue, mais stable et adaptée aux réalités de l’entrepreneur).
À retenir :
Le financement inclusif n’est pas une exception, mais plutôt une condition d’égalité d’accès à l’entrepreneuriat;
Intégrer les besoins d’adaptation dans le montage financier renforce la crédibilité du projet au lieu de l’affaiblir;
On passe d’une logique de compensation à une logique de valorisation des parcours et des expériences vécues;
L’inclusion n’est pas un coût. C’est plutôt un investissement dans la réussite et la pérennité des projets.
Consulter la liste des financements disponibles ou les outils de recherche de financement. mettre un lien vers le fichier Excel filtrable
4.8 Suivi, réajustement et évaluation
Accompagner sans surveiller, reconnaître plutôt que mesurer.
L’évaluation est une étape essentielle de l’accompagnement entrepreneurial. Dans les démarches classiques, elle permet de s’assurer que le parcours entrepreneurial répond réellement aux besoins de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur et d’ajuster l’accompagnement selon la situation. C’est aussi un moment privilégié pour revisiter l’offre de service, en l’ajustant à l’évolution des pratiques et des repères entrepreneuriaux.
Pourquoi évaluer?
Dans un contexte d’entrepreneuriat des personnes handicapées, cette étape doit toutefois être pensée avec délicatesse, car évaluer ne signifie pas mesurer uniquement la performance du projet, mais plutôt tenir compte de trois dimensions interdépendantes : l’entreprise, la personne et le handicap.
| Dimension | Ce qu’on évalue | Exemples de questions |
|---|---|---|
| L’entreprise | Progression du projet, maturation du modèle d’affaires, démarches concrètes réalisées | Explorer le cheminement
Reconnaître les progrès
Définir les ajustements
Stimuler la projection
|
| La personne | Confiance, sentiment de légitimité, énergie disponible, capacité à prendre des décisions | Explorer le vécu actuel
Renforcer la confiance
Mieux comprendre les besoins
Favoriser la réflexivité
|
| Le handicap | Adaptations nécessaires, impacts sur le rythme et les modalités, rythmes, stratégies de compensation ou de soutien | Ajuster le cadre et les outils
Prévenir la fatigue ou la surcharge
Encourager l’autonomie
|
En d’autres mots, évaluer, c’est reconnaître à la fois le projet entrepreneurial, le parcours humain et les conditions d’accessibilité qui permettent à la personne d’avancer à son rythme. Les considérer ensemble permet de reconnaître la personne dans sa globalité, plutôt que de la réduire à son projet ou à son handicap.
Évaluer pour respecter le cheminement
L’évaluation ne doit jamais se transformer en mécanisme de contrôle ni devenir une source de pression ou un exercice administratif déconnecté du vécu de la personne. Lorsqu’elle est trop fréquente ou trop rigide, elle peut alourdir l’accompagnement, générer du stress, voire provoquer de l’autocensure.
Évaluer avec justesse, au bon moment et dans une intention claire, c’est préserver le pouvoir d’agir de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur. C’est reconnaître sa dignité, valoriser ses efforts et lui offrir une reconnaissance authentique tout au long de son parcours.
Loin de se limiter à la mesure des résultats, l’évaluation doit permettre de reconnaître les avancées (même les plus discrètes) de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur, de consolider ses compétences entrepreneuriales en développement et de s’assurer que les conditions d’accessibilité sont réunies pour soutenir son autonomie et sa progression.
Évaluer, c’est aussi inviter l’entrepreneuse ou l’entrepreneur à prendre une place active dans le processus, en devenant coévaluatrice ou coévaluateur de son propre cheminement.
Une évaluation en trois temps
Une évaluation progressive en trois temps (au début, au milieu et à la fin du parcours) doit être prise en considération, car elle permet de suivre le projet sans le surveiller, en respectant le rythme, les besoins et les ajustements nécessaires à chaque étape. L’objectif est de faire un arrêt réflexif pour voir si le parcours reste adapté.
Ce format offre plusieurs avantages, qui sont récapitulés dans le tableau ci-dessous.
| Moment de l’évaluation | Objectif | Effet attendu |
|---|---|---|
| Début | Comprendre le point de départ (forces, besoins, rythme, préférences) | Permet de coconstruire un parcours sur mesure, adapté à la réalité de l’entrepreneuse ou l’entrepreneur. |
| Milieu | Repérer les évolutions, prévenir les blocages, ajuster le rythme | Maintient la motivation, consolide les progrès et prévient les découragements. |
| Fin | Mesurer les résultats (visibles et invisibles), reconnaître les apprentissages, renforcer l’autonomie | Valorise le chemin parcouru et projette la suite. |
Ce rythme d’évaluation favorise une évolution souple, tout en garantissant que les conditions d’accessibilité, les compétences développées et les réussites personnelles soient pleinement reconnues.
Évaluer juste ce qu’il faut, au bon moment, permet d’accompagner sans imposer. C’est là que se joue l’inclusion : un soutien qui respecte le rythme, la dignité et le pouvoir d’agir de chaque entrepreneuse ou entrepreneur.
Consulter les gabarits des trois questionnaires d’évaluation.
Prendre le pouls : des rituels simples pour écouter et ajuster en continu
L’évaluation ne se joue pas uniquement dans les questionnaires formels en début, milieu et fin de parcours. Une grande partie de la qualité de l’accompagnement se construit dans la relation, au fil des rencontres.
Avant d’aborder les aspects techniques, il est essentiel d’intégrer des temps d’échange pour prendre le pouls de la personne et comprendre son état du moment avant ajuster l’accompagnement en conséquence.
Ces micromoments permettent :
de reconnaître l’état émotionnel du jour (énergie, stress, motivation);
d’ajuster la séance en fonction du vécu actuel, plutôt qu’en suivant un plan rigide;
de prévenir la surcharge, l’épuisement ou le découragement;
de valoriser la personne dans sa globalité.
L’objectif n’est pas d’analyser, mais d’accueillir ce qui est présent, et ce, avec bienveillance.
Au-delà des questions classiques!
Certes, il y a les questions classiques : « Est-ce que tout se passe bien? », « Comment trouves-tu l’accompagnement jusqu’à présent? ».
Or, malgré leur bienveillance apparente, ces questions sont souvent biaisées. Elles supposent une disponibilité à se livrer que peu de personnes osent saisir réellement. Il est rare qu’une personne dise qu’elle ne va pas bien ou qu’elle exprime ouvertement que l’accompagnement ne lui convient pas.
Souvent, ces inconforts s’expriment autrement : dans un questionnaire d’évaluation, par des absences répétées… ou parfois, de manière paradoxale, par une réponse positive qui ne reflète pas le vécu réel.
C’est pourquoi il est judicieux de commencer chaque rencontre par une activité d’auto-expression simple, accessible et non intrusive. Ce type de rituel permet de créer un espace d’écoute authentique, de capter les signaux faibles et d’ajuster l’accompagnement en douceur, au plus près des besoins.
Voici quelques exemples d’outils :
| Outil | Comment ça fonctionne? | Pourquoi c’est aidant? |
|---|---|---|
| La roue des privilèges (outil à utiliser dans les premières rencontres) | Présenter tous les segments de la roue (âge, handicap, éducation, réseau, lieu, revenu…). Demander à la personne d’indiquer ensuite pour chacun :
Pour chaque dimension, inviter l’entrepreneuse ou l’entrepreneur à décrire comment cela se manifeste concrètement dans son projet. |
|
| La météo intérieure | Inviter la personne à nommer sa météo intérieure du jour, puis lui proposer d’exprimer brièvement pourquoi elle a choisi cette image ou ce mot. L’entrepreneuse ou l’entrepreneur sélectionne une métaphore météo (soleil, nuage, pluie fine, brouillard avec éclaircies, enneigé…) qui représente son état du moment, et explique en quelques mots ce qui motive ce choix. |
|
| La roue des émotions | On invite la personne à pointer sur un visuel une émotion ou une combinaison d’émotions qui correspond à son état du moment par rapport à son projet ou son accompagnement. |
|
| Les cartes-métaphores (photos/langages symboliques) | Proposer à l’entrepreneuse ou l’entrepreneur de choisir une carte qui représente son état du moment, son projet, son ressenti ou son avancée. Poser ensuite une question ouverte : « Pourquoi cette carte aujourd’hui? » ou « Qu’est-ce que cette image évoque pour toi dans ton parcours? ». |
Permet d’exprimer une idée, une émotion ou une perception à travers une image symbolique. Facilite l’introspection, la créativité et la mise en mots de vécus parfois difficiles à verbaliser. Constitue un outil puissant pour ouvrir le dialogue, stimuler la réflexivité et favoriser l’ancrage du parcours. |
| L’échelle d’énergie (0-10) | Par exemple, poser la question suivante à l’entrepreneuse ou l’entrepreneur : « Sur une échelle de 0 à 10, à quel niveau se situe ton énergie aujourd’hui? » Poser ensuite une question ouverte : « Qu’est-ce qui influence ton niveau d’énergie aujourd’hui? » ou « Qu’est-ce qui t’aide ou te freine en ce moment? » |
|
Méthode simple et rapide qui permet d’exprimer son état du moment, ses intentions et son ressenti. Poser la question suivante : « Donne-moi trois mots qui résument dans quel état d’esprit tu arrives aujourd’hui. » |
Permet de cerner l’état global rapidement, sans entrer dans les détails. | |
| Le mur d’humeur ou l’arbre d’humeur | Proposer de choisir un ou des personnages sur le mur d’humeur ou une partie de l’arbre. Consulter un exemple du mur d’humeur et de l’arbre d’humeur. |
Permet de situer son état du moment en choisissant un ou des personnages ou une partie de l’arbre. Favorise l’expression imagée, la réflexivité et la reconnaissance du vécu. |
La prise de pouls sert à adapter la séance ou l’accompagnement, par exemple en :
modulant le rythme ou fractionnant les tâches;
soulignant une victoire ou un moment fort;
optant pour un sujet plus léger ou une activité plus concrète;
créant un espace où les difficultés peuvent être nommées sans jugement.
Cette approche dépsychologise l’accompagnement : elle ne demande pas d’entrer dans ce qui relève de la thérapeutique, mais permet d’ajuster l’accompagnement à la juste mesure du moment. Ces outils ne remplacent pas une évaluation formelle : ils servent à réguler la séance, à prévenir la surcharge et à maintenir la motivation.
À retenir :
Ces rituels en cours de parcours, même brefs, contribuent à offrir un espace pour souffler, se recentrer et garder confiance.
Les outils proposés sont simples, universels et non stigmatisants. Ils peuvent être facilement adaptés aux différents types de handicaps.
En plus de soutenir l’autonomie, ils nourrissent une relation d’accompagnement plus juste et plus humaine.
Mise en place d’un suivi personnalisé
Observer pour mieux ajuster
Entre les évaluations plus formelles, le suivi devient, en quelque sorte, la boussole du parcours d’accompagnement.
Il permet de garder le lien, de percevoir les évolutions et de réagir rapidement en cas de difficultés. Or, il n’existe pas de rythme universel. Cela implique que chaque suivi doit être coconstruit et adapté en tenant compte :
du stade du projet (idéation, lancement, consolidation, réorientation);
des besoins et des capacités de la personne;
des variations liées au handicap (fatigue, concentration, disponibilité, etc.).
Le suivi devient une démarche souple et signifiante qui respecte le rythme de la personne et valorise ses progrès réels, qu’ils soient visibles ou non.
L’objectif n’est pas d’augmenter la quantité de suivis et d’outils, mais de choisir quelques repères essentiels, qui sont utiles pour ajuster l’accompagnement plutôt que pour le mesurer.
Trois dimensions à suivre
Pour qu’un suivi soit réellement personnalisé, il doit prendre en compte l’ensemble des dimensions qui façonnent le parcours entrepreneurial. Cela implique d’observer à la fois l’évolution du projet, le développement des compétences et le bien-être global de la personne accompagnée.
Ces trois dimensions ne sont pas hiérarchisées et s’influencent mutuellement : un projet peut progresser sur le plan technique, mais stagner si la confiance s’effrite ou si la fatigue s’installe. Inversement, un renforcement de la clarté et du sentiment de compétence peut redonner de l’élan à un projet temporairement en pause.
Le tableau suivant présente ces trois axes d’observation, en explicitant leurs objectifs respectifs et les outils simples qui peuvent soutenir leur suivi.
| Dimension observée | Ce qu’on peut observer | Pourquoi c’est important? | Comment le faire (indicateurs et outils) |
|---|---|---|---|
Progression du projet Même de petites réalisations méritent d’être reconnues, car elles contribuent à maintenir la motivation. |
|
Reconnaître les avancées réelles et la constance dans l’action. Éviter de réduire la réussite à des résultats financiers. |
|
Développement des compétences Ces éléments invisibles sont souvent les véritables marqueurs d’un accompagnement réussi. |
|
L’entrepreneuriat est un apprentissage continu : suivre ces aspects permet de reconnaître la confiance et la clarté que la personne gagne au fil du temps. |
|
Bien-être et équilibre Ces repères jouent le rôle d’un baromètre interne du parcours. Ils permettent de s’ajuster avant que les obstacles se présentent. |
|
Un projet durable repose sur la santé et la motivation de la personne; ces indicateurs préviennent la fatigue et la démobilisation. |
|
À retenir : Un bon suivi ne consiste pas à tout mesurer, mais à porter attention à ce qui évolue. Il soutient la progression, maintient la motivation et prévient la surcharge.
Un accompagnement réellement inclusif ne sépare pas le suivi, l’évaluation et l’ajustement : ces trois actions s’entremêlent dans un même mouvement vivant où chaque rencontre devient l’occasion de reconnaître, de comprendre et d’adapter.
La rétroaction : un dialogue continu
L’évaluation ne se résume pas à des questionnaires, à des grilles ou à des données. Une grande partie de la progression se joue dans la qualité de la communication entre l’entrepreneuse ou l’entrepreneur et l’accompagnatrice ou l’accompagnateur.
C’est cette relation fondée sur l’écoute, la clarté et la confiance qui permet de transformer les constats en apprentissages et les apprentissages en actions concrètes.
La rétroaction n’est pas une évaluation formelle, mais plutôt un outil relationnel essentiel qui traverse les trois niveaux de l’accompagnement. Elle permet de faire le point régulièrement, d’exprimer les besoins et de réajuster le cadre en douceur, avant que les difficultés ne s’installent. On peut y avoir recours pendant une séance (prise de pouls), entre deux suivis ou après une phase d’évaluation.
Son objectif est simple : permettre à la personne de se sentir entendue sans être jugée et de participer activement à la coconstruction de son accompagnement. Une bonne rétroaction se traduit toujours par une action concrète, même minime : un changement de rythme, une clarification, une reconnaissance d’effort, une célébration.
En somme, la rétroaction n’est pas un rapport d’évaluation, mais plutôt un espace d’ajustement partagé.
Des méthodes simples et accessibles
Il existe plusieurs façons d’intégrer la rétroaction dans la démarche d’accompagnement. L’essentiel n’est pas de choisir la bonne méthode, mais d’adopter tout simplement une posture d’écoute et une fréquence régulière de dialogue.
Voici quelques exemples d’outils pour faciliter la rétroaction
| Méthode | Principe | Avantage | Action |
|---|---|---|---|
| Rétroaction 2 + 1 | En fin de séance, nommer :
|
Valorise les réussites tout en ouvrant un espace d’ajustement concret. | Reformuler ensemble en action concrète à tester ou intégrer dans la prochaine rencontre. |
Méthode Commencer-Arrêter-Continuer (Start-Stop-Continue Method) |
Déterminer :
|
Encourage la transparence et la coresponsabilité dans la relation. | Fonctionne bien en groupe, peut être affiché ou repris en début de séance suivante. |
| Mini-rétroaction en trois questions | En version écrite, orale ou audio :
|
Crée un rituel de réflexion léger et accessible. | Permet d’ajuster le cadre ou le rythme dès la séance suivante, très utile pour détecter les signaux faibles |
| Journal de rétroaction audio ou visuel | La personne partage brièvement son ressenti entre deux rencontres. | Soutient la réflexivité, utile lorsque l’écriture est difficile ou fatigante. | Peut être réécouté ou regardé ensemble, sert de base pour ajuster l’accompagnement |
| Méthode du baluchon | À la fin de la séance, l’accompagnatrice ou l’accompagnateur exprime une phrase courte : « Dans mon baluchon, je repars avec… » ou « Ce que je retiens de la rencontre d’aujourd’hui… ». | Encourage la synthèse et la valorisation des acquis. | Peut être noté ou repris au début de la séance suivante pour faire un lien. La participation de l’accompagnatrice ou l’accompagnateur à l’exercice permet de témoigner de son écoute, en reformulant les points clés. |
Le dialogue devient ainsi le moteur d’apprentissage, et non une simple formalité.
Le réajustement continu : une démarche vivante
Réajuster son accompagnement n’est pas un signe d’échec. Au contraire, c’est le signe d’un processus vivant, capable de s’adapter aux besoins réels de la personne.
Plutôt que de tout remettre en question, le réajustement permet d’introduire des microchangements, à partir de ce qui est vécu. Il renforce le sentiment de contrôle et de confiance, autant chez la personne accompagnée que chez l’accompagnatrice ou l’accompagnateur .
Voici une démarche en quatre étapes qui peut bien guider la démarche :
Nommer un inconfort, un obstacle ou une surcharge;
Comprendre ensemble ce qui coince (rythme, méthode, environnement, accessibilité);
Choisir un seul changement concret à tester à court terme;
Réévaluer après deux ou trois rencontres pour voir si l’ajustement fonctionne.
Ces gestes permettent de soutenir la personne dans la durée, de valoriser chaque effort (même minime) et d’adapter l’accompagnement à ses conditions réelles, pour que le projet reste vivable, porteur de sens et durable. Ils permettent aussi de combiner la rigueur du suivi à la souplesse humaine nécessaire pour soutenir une personne qui vit avec des contraintes variables ou un handicap. C’est une belle façon de valoriser les efforts invisibles, de respecter les rythmes individuels et d’entretenir la confiance mutuelle.
C’est ainsi qu’un parcours entrepreneurial vivable, porteur de sens et durable peut être créé. Un système de suivi et d’évaluation inclusif :
s’adapte aux préférences de la personne (format oral, écrit, visuel ou audio);
réduit la charge cognitive grâce à des outils courts et clairs;
valorise les progrès invisibles, comme la prise de confiance ou la clarté retrouvée;
se construit ensemble à chaque séance, plutôt que d’être imposé;
permet des ajustements fins selon le rythme, la fatigue, le format ou le contexte de la personne.
L’évaluation devient ainsi un espace de dialogue et de reconnaissance, plutôt qu’un passage obligé.
À retenir : L’accompagnement inclusif repose sur une dynamique souple et coconstruite :
Prendre le pouls, c’est écouter ce qui se passe ici et maintenant;
Suivre, c’est garder la trajectoire vivante, sans forcer la personne;
Évaluer, c’est mettre en lumière les apprentissages et le chemin parcouru;
Ajuster, c’est changer ce qui ne fonctionne pas pour garder l’équilibre et la motivation.